Des apogées


Traduit du albanais et du roumain: Kopi Kyçyku

Un homme très triste savait que la tristesse est l’un des péchés les plus graves, mais il ne réussissait pas d’être moins triste que ça.
Juste cet homme a eu l’idée d’inventer une bombe.
En ce temps-là, quand les bombes étaient transformées en inventions parmi les plus banales et d’ innombrables bombes et boulets, oubliés et enterrés pendant les guerres passées, explosaient partout comme un attrait d’attention de la Mémoire Commune, en tuant et en mutilant d’habitude des enfants fragiles, Le Triste a pris la décision d’inventer une bombe salvatrice, dont l’éclatement puisse changer ce monde radicalement.
L’explosion ne devrait tuer personne, ni amis, ni ennemis, ne devrait pas ruiner autre chose sauf la partie déjà pourrie des constructions, elle devrait roussir uniquement la partie séchée de la verdure, en dessechant seulement la partie déjà empoisonnée de l’air et en brûlant uniquement la partie déjà endommagée des forêts et des parcs.
L’explosion de la Bombe Salvatrice, par l’intermédiaire d’une épouvante jamais vue jusqu’à ce moment-là, dans quelques instants, pour ne pas dire d’un seul coup, ferait trembler les personnes déroutantes de cette planète, en dissipant leurs rêves abrutis et en passant les êtres mortelles à travers une terreur intérieure, ayant la forme d’un tunnel, à la sortie duquel personne ne pourrait pas survivre sans être complètement bon, miséricordieux, bien-aimé des proches, ou plus exactement: personne ne pourrait survivre s’il resterait d’une façon quelconque, - pour ainsi dire -, mauvais, envieux, médisant et bavard, avide, avare, dégénéré, voleur, impartial etc.
Étant donné que du présent de ce monde ils étaient responsables en quelque sorte même les morts, la Bombe aurait aussi un effet rétroactif, c’est à dire rosserait assez bien tous les autres, leurs erreurs de l’esprit, leurs gages, leurs consciences surchargées, ainsi que leur excès d’ affection.
Après avoir fermé définitivement la porte aux conseils malveillants et au ris au nez des gens, Le Triste a décidé de se sacrifier au nom de l’invention de la Bombe. Il n’était pas un débutant dans le domaine des inventions. Il a fait plusieurs projets et calculs, des dessins, des maquettes en terre glaise et en plâtre; a exploré profondèment des modèles d’armes, en partant du couteau en pierre; a dénoué le sens du fusil, du canon, du char de combat, du char d’assaut; a étudié des crimes et des châtiments, des prêches, ainsi que des travaux de spécialité dans le domaine de l’armement; a fait plusieurs rêves pendant son sommeil, a dormi très peu, a mangé au hasard, n’a passé la nuit avec personne, s’est entretenu avec des sots, avec des poètes, avec des visionnaires célèbres, avec des magiciens, avec des hommes d’État, avec des prêtres et des moines rénommés, avec des sorcières et d’autres inventeurs, a recueilli des proverbes, des chansons folkloriques, des vers, a comblé de journaux un armoire.
Il fut épuisé déjà une vie d’homme pour sauver la planète et chaque instant qui passait, déplaçait l’inventeur un instant plus près de la solution. Il a tellement travaillé pour Notre Bombe, que, seulement lorsqu’il a été à un pas de la mort et à quelques pas du triomphe, il a senti le véritable poids de la solitude là, au-dedans de la cellule où il exerçait son métier. En lui donnant le surnom „fou”, tous l’ont abandonné, comme des ombres, comme certaines araignées peureuses et lâches, comme une suite de mots, tandis que lui même il a toujours été conscient que, aprés avoir réalisé la Bombe, tous le flatteraient bassement, tous commenceraient à courir assoiffés pour partager avec lui le triomphe, en l’étouffant avec des prix, des allocutions, des interviews et peut-être avec des statues.
Mais, seulement quelques instants avant le triomphe, il était en train de mourir, hélas!, tout seul, oublié par les gens et peut être par le destin, sans pouvoir confier à quelconque le grand secret.
Quand les moments qui approchaient le triomphe à la mort ont été épuisés, justement au carrefour qui sépare le triomphe de la mort, avec une tristesse inaccoutumée, laquelle lui même, au cours de sa vie, plus que triste, n’a pas réussi de la rencontrer, une voix lui a chuchoté:
- Allez donc tranquillement, parce que d’autres personnes aussi ont voulu m’inventer, c’est à dire précisément ceux, dont c’est moi l’inventeur, il y a beaucoup de temps avant de te créer de toutes pièces toi même...
Et l’inventeur est allé au-delà en bredouillant souriant la phrase qui définissait l’apogée de la puissance dans cette vie,

respectivement: „souffler au cul d’un mouton pour lui aplomber ses cornes”.